Flèche
Tendances et prévisions
8/25/2026

État des lieux de l'hôtellerie française en 2026

Hôtel français en 2026 — état des lieux du secteur hôtelierSalle de restaurant de l'hôtel Edgar
Photo de Norbu Gyachung sur Unsplash
August 25, 2026
Mis à jour le
August 31, 2026
Patrick Guillaume

Votre hôtel va-t-il bien parce que le secteur va bien ? Rien n'est moins sûr. Le RevPAR national a progressé de 2 % en 2025 — mais cette moyenne recouvre un marché coupé en deux, entre un haut de gamme et un littoral qui s'envolent et une entrée de gamme qui continue de fermer. Cette édition 2026 vous aide à situer votre établissement dans cette fracture, chiffres consolidés à l'appui — et pour la première fois, avec les données de notre propre portefeuille : 66 sites suivis, un trafic venu des assistants IA multiplié par 26 en un an.

2025 en rétroviseur : l'année stable qui a masqué la fracture

À première vue, 2025 restera comme une année correcte pour l'hôtellerie française. In Extenso TCH, qui a présenté son bilan annuel le 6 février 2026, chiffre la progression du RevPAR à 2 %, pour un revenu par chambre disponible de 85 €. Le taux d'occupation gagne un point et s'établit autour de 64 % ; le prix moyen atteint 133 €, en hausse de 1 %. Le chiffre d'affaires du secteur progresse de 2 % sur l'année.

Cette moyenne nationale recouvre des trajectoires qui n'ont plus grand-chose en commun. Paris a retrouvé des couleurs après le contrecoup attendu des Jeux olympiques : occupation et RevPAR y progressent de 5 %. Le reste de l'Île-de-France décroche de 9 % en RevPAR, pénalisé par la comparaison avec l'été 2024. À l'autre bout du pays, la Côte d'Azur gagne 6 %, comme l'ensemble des littoraux, portés par une hôtellerie de loisir qui ne s'est jamais aussi bien portée. Pour 2026, In Extenso s'en tient à une formule : « optimisme prudent », avec une croissance attendue autour de 1 % en régions.

Une moyenne comme un RevPAR national à +2 % ne dit rien de votre hôtel ni de votre situation. Derrière ce chiffre, un quatre étoiles de littoral signe sa meilleure année pendant qu'un deux étoiles de centre-ville peut regarder fondre sa clientèle business. Pour un exploitant qui doit trancher en ce moment — rénover, monter en gamme, ou céder pendant que les valorisations tiennent — la vraie question n'est donc pas de savoir si le marché va bien, mais où se situe son hôtel dans ce marché, et ce qu'il doit décider en fonction de sa situation et de sa vision.

Douze mois après notre première édition, la polarisation que nous décrivions se confirme, précisée cette fois par nos propres données de portefeuille — 212 hôtels indépendants, 66 sites suivis sur le trafic IA — en plus des sources publiques. Le marché reste coupé en deux ; nous savons mieux, aujourd'hui, vous dire de quel côté vous êtes.

Premier semestre 2026 : la fracture devient statistique

Les données trimestrielles de l'INSEE prolongent le scénario : une croissance modeste en surface, polarisée en profondeur. Au premier trimestre 2026, la fréquentation des hébergements collectifs hors campings progresse de 1,0 % sur un an. Au deuxième trimestre, les nuitées hôtelières augmentent de 1,4 % — une hausse intégralement portée par le haut du parc. Les 3 étoiles gagnent 3,7 %, les 4 et 5 étoiles 4,2 %, pendant que les établissements non classés et d'entrée de gamme continuent de reculer.

La géographie raconte la même histoire que les catégories. Le littoral gagne 4,0 % de nuitées au deuxième trimestre ; l'urbain dense en perd 2,0 %. La croissance ne se joue plus dans les centres-villes, elle se joue sur les côtes — et de plus en plus au nord.

Été 2026 : la carte touristique se redessine

Le panel MKG exploité par Alliance France Tourisme, publié le 19 août, donne la photographie la plus récente de la saison. Juin a été excellent : 79,1 % d'occupation (+1,3 point sur un an) et un RevPAR en hausse de 3,7 %, dopé par un calendrier événementiel favorable. Juillet a tenu le rythme, avec 0,9 point d'occupation de mieux et un RevPAR à +3,3 %. La première quinzaine d'août marque le pas : 72,5 % d'occupation (-0,7 point), RevPAR en repli de 1,5 %.

Le fait marquant de l'été n'est pourtant pas la moyenne : c'est la redistribution. La Bretagne affiche un RevPAR en progression de 6,1 % sur un an, et de 19 % sur deux ans. La côte de la Manche gagne 4,5 points d'occupation en un an — près de 10 points depuis 2024. Les Alpes du Nord confirment leur bascule vers la double saison, avec un RevPAR de juin en hausse de 22 %. La Côte d'Azur, elle, continue de monter en valeur : +12 % en juin. La carte touristique française s'élargit vers le nord et vers la montagne d'été, et les chiffres commencent à le prouver.

L'été a aussi eu ses accidents. Les incendies de Gironde, fin juillet, ont coûté une dizaine de points d'occupation au département. Une enquête de l'UMIH évalue par ailleurs jusqu'à -20 % d'activité pour les établissements les plus exposés aux répercussions de la guerre au Moyen-Orient, recul du long-courrier en tête. À l'inverse, l'événementiel a joué son rôle d'amortisseur : la Esports World Cup a fait gagner plus de 4 points d'occupation au 15e arrondissement parisien en plein cœur de l'été.

La question qui me vient est de savoir si ces évolutions vont se prolonger ou si elles restent conjoncturelles. Nos clients du littoral breton connaissent une évolution positive : +5,6 % de taux d'occupation et, cerise sur le gâteau, +3 % de prix moyen entre 2023 et 2026 (mesuré sur 19 établissements, données moteurs de réservation et PMS). Les quelques établissements des Alpes accompagnés par Altelis font eux aussi de belles saisons d'été depuis plusieurs années. Une hirondelle ne fait pas le printemps, et notre échantillon est modeste — mais je dirais qu'une tendance s'installe.

La polarisation s'installe : montée en gamme d'un côté, attrition de l'autre

La photographie de 2026 n'est que le dernier cliché d'un film entamé il y a quinze ans. Depuis 2010, la France a perdu près de 8 700 hôtels d'entrée de gamme, quand le parc 4 et 5 étoiles plus que triplait, passant de 898 établissements à plus de 3 000. Le solde est trompeusement stable : environ 16 600 hôtels et 661 000 chambres, mais ce ne sont plus les mêmes hôtels, ni aux mêmes endroits. Nous avions détaillé cette recomposition dans l'édition 2025 de cet état des lieux ; elle s'est poursuivie sans dévier.

Le phénomène a une géographie. L'hôtellerie rurale ferme au rythme d'environ 180 établissements par an, et le nombre de communes disposant d'au moins un hôtel s'est contracté de 5 900 à 5 300 en une décennie. Dans le même temps, les ouvertures se concentrent sur les métropoles, les littoraux et les destinations premium.

2026 ne corrige pas la trajectoire, elle l'accélère. Au deuxième trimestre, la totalité de la croissance des nuitées est captée par les catégories supérieures : +3,7 % pour les 3 étoiles, +4,2 % pour les 4 et 5 étoiles, pendant que l'entrée de gamme continue de reculer. Le rapport D-EDGE fait le même constat côté réservations : +6,8 % en volume et +12 % en valeur pour les 5 étoiles. La demande ne disparaît pas : elle monte en gamme, ou elle part vers d'autres formes d'hébergement.

Alors oui, la phrase facile à écrire serait : puisque l'entrée de gamme se fait laminer et que l'hôtellerie se « premiumise », il faut monter en gamme… Lapalisse, tu es ma muse.

Sauf que la montée en gamme est sans doute aussi la plus chère des solutions, et de nombreuses alternatives existent.

L'Hôtel du Port, à Lesconil, défend une hôtellerie qui anime tout un village : lieu de rencontre, d'animation, d'événements. Il ne se contente pas d'accueillir des hôtes, il s'inscrit comme un acteur de dynamisation locale — avec tous les revenus et la résilience que cela lui confère.

L'Hôtel de la Porte Dorée, à Paris, accueille les amateurs de vélo du monde entier. Christine Greveldinger et toute son équipe ont développé une vraie infrastructure et une organisation dédiée : local sécurisé, atelier, partenariats.

Façade de l'Hôtel de la Porte Dorée à Paris

L'hôtel Daumesnil, à Vincennes, a été dans les premiers hôtels d'Île-de-France à offrir le parking avec bornes de recharge. Ce n'est plus si nouveau, mais à l'époque ça l'était.

Trois maisons qu'Altelis accompagne, trois voies : l'ancrage local, la niche mondiale, l'avance d'usage. Aucune ne demande une étoile de plus. Ce ne sont que quelques exemples — je suis sûr que vous saurez être créatif à votre tour.

Aucune ne demande une étoile de plus.
Polarisation du parc hôtelier français depuis 2010 : -8 700 hôtels d'entrée de gamme, ×3,3 pour le 4-5 étoiles

Tourisme d'affaires : le rebond en trompe-l'œil

C'est la bonne surprise statistique du printemps — en apparence. Au deuxième trimestre 2026, les nuitées d'affaires progressent de 6 %, après plusieurs trimestres consécutifs de baisse. Mais la même publication rappelle l'essentiel : le tourisme d'affaires reste 32,7 % en dessous de son niveau de 2019. Sept ans après, le tiers du marché n'est pas revenu.

Rien n'indique qu'il revienne un jour à l'identique. La visioconférence a durablement remplacé une partie des déplacements courts, les politiques voyages se sont durcies sous contrainte budgétaire et RSE, et In Extenso classe les budgets d'affaires restrictifs parmi les principales incertitudes de 2026. Le rebond du trimestre ressemble moins à un retour qu'à une stabilisation sur un palier durablement plus bas.

Mon avis, malheureusement, c'est que l'ambiance est au cost killing et qu'il faut s'habituer à cette chute du corpo. Le tiers manquant par rapport à 2019 n'est pas en retard : il a disparu dans les visios, les politiques voyages et les arbitrages RSE. Pour l'hôtel dont la semaine corporate était un pan existentiel, la conséquence est directe : renégocier vite ces contrats — les remises consenties hier contre des volumes qui ne viennent plus n'ont plus de justification — et assumer un autre mix : du loisir, du « bleisure », de l'événementiel. Ce n'est pas un plan B honteux, c'est le marché de 2026.

Clientèles internationales : l'Europe du Nord remplace l'Asie

La composition de la clientèle étrangère se recompose elle aussi. Au deuxième trimestre, l'INSEE relève la progression des clientèles belge, néerlandaise et allemande, quand la clientèle asiatique chute de 12 %. La croissance vient désormais des marchés de proximité, accessibles en train ou en voiture ; le long-courrier, lui, reste fragilisé par le contexte géopolitique et la faiblesse de la reprise du voyage d'affaires asiatique. L'étude annuelle KPMG, attendue en octobre, permettra d'affiner cette lecture.

Pour un hôtelier, ce basculement n'est pas une statistique abstraite : il redessine l'acquisition. Un client néerlandais ou allemand ne se capte pas sur les mêmes canaux, ni dans la même langue, ni avec la même anticipation qu'un client américain ou japonais. Les budgets marketing de 2027 devraient en tenir compte avant que la concurrence ne s'y mette.

Nos 180 campagnes Google Ads et Meta pour des hôtels confirment la tendance : cette clientèle d'Europe du Nord progresse de façon solide. Là encore, même si l'on espère que les tensions géopolitiques s'apaisent, je pense que d'autres facteurs jouent comme tendances de fond — le prix des billets, la simplicité du voyage et, plus qualitativement, la proximité culturelle en ces temps incertains. Concrètement, les hôteliers doivent accompagner ce mouvement : promotion du site (Google Ads, Meta), référencement naturel sur ces marchés, et tout ce qui facilite la réservation pour ces clientèles — site traduit, bots multilingues, réception préparée.

Distribution : le rapport de force avec les OTA s'inverse (lentement)

Sur le front de la distribution, le cadre juridique a davantage bougé en deux ans qu'en quinze. En septembre 2024, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que les clauses de parité tarifaire imposées par Booking.com n'étaient pas indispensables à son activité — l'arrêt qui a fait sauter le verrou. Désigné « contrôleur d'accès » au titre du Digital Markets Act, Booking doit par ailleurs laisser les hôteliers proposer de meilleurs prix sur leurs propres canaux, et leur restituer davantage de données.

Les hôteliers ont transformé l'ouverture juridique en offensive. Plus de 10 000 établissements européens se sont joints à l'action collective qui réclame à Booking.com la restitution de commissions jugées excessives sur une vingtaine d'années. En France, la procédure lancée en avril 2025 par le cabinet Geradin Partners rassemblait plus de 400 établissements au printemps 2026, pour un préjudice estimé par ses économistes à 1,5 milliard d'euros pour l'hôtellerie française. Aucune décision n'est rendue à ce jour.

Pendant que la justice avance, l'économie de la distribution bouge plus lentement. Les commissions s'étagent toujours entre 15 et 25 % selon les contrats, et le rapport 2026 de D-EDGE sur la distribution hôtelière, mené sur plus de 5 000 hôtels français entre 2022 et 2025, en donne la mesure exacte : les OTA concentrent encore environ 70 % du volume des réservations en ligne, quand le canal direct en représente environ 25 % — mais 33 % de la valeur. Le client qui réserve en direct dépense davantage, réserve plus tôt et annule beaucoup moins : 22,6 % d'annulations en moyenne sur le marché, contre 44 % sur Booking.com.

Le même rapport documente une bascule de fond : le marché français passe d'une logique de volume à une logique de valeur. La croissance des réservations ralentit d'année en année (+8 % en 2023, +2,8 % en 2024, +2,3 % en 2025), mais le revenu par réservation a bondi de 8,4 % sur la dernière année, et le lead time moyen s'est allongé de 33 à 38 jours. On réserve moins de séjours supplémentaires ; on les réserve plus chers, plus tôt.

C'est un investissement, pas une dépense.

Sur les hôtels indépendants accompagnés par Altelis, la part des réservations directes atteint 29 % en 2026, en progression de 1,6 point depuis 2024 (données moteurs de réservation et PMS, 212 établissements) — un peu au-dessus de la moyenne du panel D-EDGE, et la preuve que le rééquilibrage est à la portée d'un indépendant.

Notre position sur le direct n'a rien de dogmatique : les OTA restent un canal d'acquisition essentiel évidemment, et notamment sur les marchés lointains où un indépendant n'ira jamais chercher un client seul. Le problème n'est pas leur existence, c'est le déséquilibre du partage de valeur. Cinq points de mix direct en plus, ce sont des milliers d'euros de commissions qui redeviennent de la marge — et surtout une donnée client qui vous appartient, celle qui permet de faire revenir le voyageur sans repayer l'acquisition à chaque séjour. La fenêtre juridique actuelle rend le rééquilibrage plus accessible que jamais ; encore faut-il un site, un moteur de réservation et un parcours qui méritent la réservation. C'est un investissement, pas une dépense.

Part du direct et des OTA dans les réservations hôtelières en France en 2026 : OTA 70 % du volume, direct 25 % du volume mais 33 % de la valeur, 29 % chez les hôtels indépendants accompagnés par Altelis

Le nouveau front : exister dans les réponses des moteurs IA

Reste le déplacement le plus silencieux, et sans doute le plus important : celui de la recherche elle-même. Une part croissante des voyageurs prépare désormais son séjour en interrogeant ChatGPT, Perplexity ou les aperçus IA de Google, qui répondent à la place des pages de résultats. Pour un hôtel, la question n'est plus seulement d'être bien classé. C'est d'être la réponse.

L'enjeu se chiffre déjà. D-EDGE calculait en 2025 que près de la moitié des réservations directes payantes des hôtels provenaient des moteurs de recherche. Si la recherche bascule vers les assistants IA, le socle même de la réservation directe se déplace avec elle. Or les assistants ne classent pas : ils citent des sources — contenus factuels et structurés, chiffres attribuables, fiches à jour, avis. Un hôtel dont le site bloque les robots des moteurs IA, ou dont les informations datent, se rend simplement invisible dans ces réponses.

C'est d'être la réponse.

Le phénomène commence à se mesurer sérieusement. Sur le panel hôtelier de Lighthouse, les assistants IA pèsent encore un peu moins de 1 % des visites des sites d'hôtels — mais ce trafic a bondi de plus de 50 % en quelques semaines lorsque ChatGPT a ouvert ses liens sortants, en mai 2025, et les hôtels indépendants en captent une part disproportionnée, leurs contenus étant plus distinctifs que ceux des chaînes. Côté américain, Adobe mesure un trafic IA vers les sites de voyage en hausse de 194 % sur un an, et de plus de 2 200 % depuis octobre 2024 — des visiteurs plus engagés (70 % de temps passé en plus, 41 % de rebond en moins), même si leur conversion reste pour l'instant inférieure de 28 % aux canaux classiques, un écart qui s'est réduit de 70 % en dix-huit mois. Et pour garder la mesure : Booking Holdings estimait en août 2026 que les réservations conclues via les chatbots IA restaient sous 1 % du total.

Pour prendre la mesure de la base de départ : le trafic web mondial référé par l'IA, tous secteurs confondus, pesait encore environ 0,1 % début 2025 ; il atteint 1,08 % en moyenne aujourd'hui, selon les 3,3 milliards de sessions analysées par Conductor dans son rapport 2026 sur 13 770 domaines — une multiplication par dix en un an, sur l'ensemble du web. ChatGPT traite désormais environ 2,5 milliards de requêtes par jour, l'équivalent de 12 % du volume de recherche quotidien de Google — mais ce dernier continue d'envoyer environ 190 fois plus de trafic vers les sites tiers, les assistants IA répondant directement plutôt que de renvoyer systématiquement vers une source (Ahrefs, février 2026). C'est précisément pour ça qu'être cité compte désormais plus qu'être visité.

Nos propres mesures vont plus loin, mais partent d'une base tout aussi modeste : sur 66 sites d'hôtels indépendants suivis par Altelis, le trafic issu des assistants IA (ChatGPT, Perplexity, Gemini, Copilot) a été multiplié par 26 entre l'été 2025 et l'été 2026, pour atteindre 6 % des visites — parti d'environ 0,2 % un an plus tôt. Six fois la moyenne mondiale du web (1,08 %, Conductor), mais un canal qui reste minoritaire dans l'absolu. Plus frappant : le taux de passage vers la réservation de ces visites — le clic vers le moteur de réservation — est 2,8 fois supérieur à celui du référencement naturel (données GA4, sessions référentes des domaines d'assistants IA).

L'écart entre intention et usage réel est net : une enquête IMG de mars 2026 montre que 33 % des voyageurs se disent prêts à utiliser un assistant IA pour préparer leur prochain séjour — bien au-dessus du trafic ou des réservations réellement mesurés. Ce n'est pas une contradiction : les voyageurs commencent par l'IA non pas pour réserver une chambre, mais pour construire tout le voyage — vols, voitures, ferries, activités — l'hôtel n'étant qu'une brique parmi d'autres. Je l'ai vécu cet été en préparant un voyage en Grèce : quatre hôtels réservés en direct, deux traversées en bateau, deux locations de voiture, six billets d'avion aux franchises bagages toutes différentes — l'assistant IA est passé par toutes les étapes de comparaison, sans jamais réserver à ma place. Pour un hôtelier, c'est exactement le sujet : être la réponse à cette question-là, avant que le voyageur n'atterrisse sur une page de résultats classique.

Quand un hôtelier me demande comment apparaître dans les réponses de ChatGPT, je lui réponds que sa question ressemble à celle qu'on nous posait sur Google il y a quinze ans — et que la réponse est la même : s'y mettre tôt, avant que tout le monde s'y mette. Les assistants ne classent pas des pages, ils choisissent des sources. Des informations exactes et cohérentes partout, des contenus qui répondent vraiment aux questions que se posent les voyageurs, un site ouvert aux robots des moteurs IA : rien d'ésotérique, mais un travail qui se commence maintenant. La bonne nouvelle, c'est que les indépendants partent avec un avantage rare : une histoire singulière à raconter, là où les chaînes se ressemblent toutes.

Croissance du trafic issu des assistants IA vers les sites d'hôtels indépendants, multiplié par 26 entre l'été 2025 et l'été 2026

Investissements, défaillances, transmission : les trois horloges du secteur

L'argent, lui, continue de croire à l'hôtellerie française. L'investissement hôtelier a atteint environ 2,7 milliards d'euros en 2024, en hausse de 25 % — la meilleure année depuis 2016 selon BNP Paribas Real Estate — et les projets annoncés se concentrent sur les métropoles, les littoraux et les destinations premium.

La sélection, elle, n'a jamais été aussi dure. Les défaillances d'entreprises ont battu un record national début 2026 selon Altares, et l'hébergement-restauration reste l'un des secteurs les plus exposés : la restauration a compté près d'un millier de défaillances au seul deuxième trimestre. L'UMIH décrit une « légère accalmie » côté restauration, mais une hôtellerie « toujours sous pression ». Le paradoxe n'est qu'apparent : l'argent va aux mêmes segments que la demande — et déserte les mêmes.

La troisième horloge est démographique. L'âge moyen des exploitants dépasse 50 ans, plus de quatre sur dix ont passé 55 ans, et près d'un établissement sur cinq cherchera un repreneur dans les cinq ans — le plus souvent sans successeur identifié, comme nous le détaillions dans l'édition 2025. Ajoutez les PGE encore inscrits au bilan — l'accord permettant d'étaler leur remboursement a été prolongé jusqu'en 2026, signe que le sujet n'est pas soldé — et une partie du parc arrivera à la vente avec des comptes fragiles.

Il y a pourtant une autre façon de lire cette vague de transmissions : c'est la plus grande fenêtre de modernisation du parc depuis vingt ans. Un établissement fatigué, repris par un exploitant qui remet à niveau la distribution, les données et la visibilité, peut changer de trajectoire en deux saisons — nous l'avons vu faire. La vraie rareté n'est pas le financement : ce sont les repreneurs qui regardent un hôtel comme un actif à transformer, et pas seulement des murs à racheter.

Parmi nos clients, l'hôtel Edgar, à Saint-Brieuc, a mené ces transformations profondes — passage en 4 étoiles, ajout d'un spa, d'espaces séminaires, montée en gamme de la restauration — pour quasiment doubler le chiffre d'affaires de son établissement en cinq ans. L'hôtel La Citadelle, à Port-Louis, a multiplié son excédent brut d'exploitation par huit, avec l'appui du marketing digital, une modernisation de tous ses outils technologiques et une rénovation complète de l'hôtel.

Façade de l'hôtel La Citadelle à Port-Louis, sur la place du marché

Perspectives : ce que la fin de 2026 réserve

Pour la suite, In Extenso s'en tient à son « optimisme prudent » : autour de 1 % de croissance en régions, un calendrier événementiel moins porteur qu'en année olympique, des budgets d'affaires sous contrainte et une géopolitique imprévisible.

Le scénario central est celui d'une stabilité molle : la demande tient, la polarisation continue, le littoral et le haut de gamme font la performance. Le scénario défavorable — un choc géopolitique ou économique qui couperait le long-courrier et le voyage d'affaires — frapperait d'abord l'urbain corporate et l'entrée de gamme, c'est-à-dire les segments déjà fragiles. Trois rendez-vous permettront de trancher entre les deux : la publication INSEE du 19 novembre pour le bilan complet de la saison, l'étude annuelle KPMG attendue en octobre, et les carnets de réservation de l'hiver.

Une chose ne dépend d'aucun scénario : les décisions qui restent gagnantes dans les deux cas. Réduire la part des commissions dans son chiffre d'affaires, cibler les marchés de proximité qui montent, exister dans les réponses des moteurs IA, tenir ses coûts. C'est le fil rouge de cet état des lieux — et cet article sera mis à jour en octobre puis en novembre, à mesure que ces rendez-vous livreront leurs chiffres.

Trois convictions pour les douze prochains mois

S'il ne fallait retenir que trois convictions de cet état des lieux, voici les miennes.

La première : ne pas piloter votre maison avec les moyennes du secteur. L'hôtellerie française de 2026 est coupée en deux, et la seule question qui compte est de savoir de quel côté vous êtes — par votre catégorie, votre territoire, votre mix de clientèle.

La deuxième : la valeur se déplace plus vite que les volumes. Clientèles de proximité, réservation directe, montée en valeur sans forcément monter en gamme : les gagnants de 2026 ne vendent pas plus de chambres, ils les vendent mieux.

les gagnants de 2026 ne vendent pas plus de chambres, ils les vendent mieux.

La troisième : les fenêtres ne préviennent pas quand elles se ferment. Le rééquilibrage face aux OTA et la visibilité dans les moteurs IA se jouent maintenant, pendant que la plupart attendent de voir. Et ceux qui attendent de voir finissent en général par voir — ce que les autres ont fait.

Rendez-vous en 2027 pour vérifier. Cette page sera mise à jour d'ici là, chiffres à l'appui.

En chiffres : ce qu'il faut retenir

Ce qu'il faut retenir de cette édition — et ce que ça change pour vous :

  • 2025 : RevPAR 85 € (+2 %), occupation ~64 %, prix moyen 133 € (In Extenso) — une photo nationale stable qui masque déjà les écarts qui suivent.
  • Premier semestre 2026 : nuitées +1,4 % au T2, entièrement portées par les 3★ (+3,7 %) et 4-5★ (+4,2 %) ; l'entrée de gamme recule (INSEE) — la croissance ne se partage plus, elle se concentre.
  • Été 2026 : Manche +4,5 points d'occupation, Bretagne RevPAR +6,1 %, début août en repli (-0,7 pt) au national (MKG / Alliance France Tourisme) — la carte touristique se redessine vers le nord et la montagne, pas seulement vers le sud.
  • Affaires : +6 % au T2, mais toujours -32,7 % sous le niveau 2019 (INSEE) — un rebond de trimestre, pas un retour du corporate d'avant-Covid.
  • Distribution : OTA ~70 % du volume en ligne, direct 25 % du volume mais 33 % de la valeur (D-EDGE) ; 29 % de direct sur les 212 hôtels indépendants du portefeuille Altelis — la preuve qu'un indépendant peut rééquilibrer, au-dessus de la moyenne du marché.
  • Moteurs IA : trafic multiplié par 26 en un an sur 66 sites suivis par Altelis, 6 % des visites, conversion 2,8 fois supérieure à l'organique — un canal encore marginal, mais une fenêtre qui ne durera pas.

FAQ — questions fréquentes

L'hôtellerie française est-elle en crise en 2026 ?

Non dans l'ensemble : les nuitées hôtelières progressent de 1,4 % au deuxième trimestre 2026 et le RevPAR 2025 a gagné 2 %. Mais la moyenne cache une polarisation marquée : le haut de gamme et le littoral progressent, tandis que l'entrée de gamme, l'hôtellerie rurale et l'urbain dépendant de la clientèle d'affaires restent en difficulté.

Quel est le RevPAR moyen d'un hôtel en France ?

85 € en 2025, en progression de 2 % sur un an, pour un prix moyen de 133 € et un taux d'occupation d'environ 64 % (source : In Extenso TCH, bilan annuel présenté en février 2026).

Quelles catégories d'hôtels progressent en 2026 ?

Les 3 étoiles (+3,7 %) et les 4-5 étoiles (+4,2 %) au deuxième trimestre 2026 selon l'INSEE. Les établissements non classés et d'entrée de gamme continuent de reculer — la croissance est intégralement portée par le haut du parc.

Quelle part des réservations hôtelières passe par Booking et les OTA ?

Environ 70 % du volume des réservations en ligne passe encore par les OTA, selon le rapport 2026 de D-EDGE mené sur plus de 5 000 hôtels français. Le canal direct pèse environ 25 % du volume, mais 33 % de la valeur : le client direct dépense plus et annule deux fois moins que sur Booking.com (44 % d'annulations sur la plateforme, 22,6 % en moyenne marché). Sur les 212 hôtels indépendants suivis par Altelis, la part directe atteint 29 % en 2026.

Le trafic venu de ChatGPT vers les sites d'hôtels est-il significatif ?

Il est encore modeste mais en croissance très rapide. Sur 66 sites d'hôtels indépendants suivis par Altelis, le trafic issu des assistants IA a été multiplié par 26 entre l'été 2025 et l'été 2026, pour atteindre 6 % des visites, avec un taux de passage vers la réservation 2,8 fois supérieur au référencement naturel.

Comment un hôtel peut-il apparaître dans les réponses de ChatGPT ou Perplexity ?

En devenant une source citable : informations à jour et cohérentes partout (site, fiches, annuaires), contenus factuels et structurés avec des chiffres attribuables, avis récents, et un site qui n'exclut pas les robots des moteurs IA. Les assistants citent les pages qui répondent précisément à la question posée — pas les mieux classées sur Google.

Méthodologie et sources

Sources publiques : In Extenso TCH (bilan annuel 2025, conférence du 06/02/2026) · INSEE, Informations rapides n°120 et n°196 (2026) · Alliance France Tourisme / panel MKG (été 2026) · D-EDGE, Rapport de la distribution hôtelière 2026 (5 000+ hôtels français, 2022-2025) · Lighthouse · Adobe Digital Insights (sites de voyage américains) · Booking Holdings · Altares · UMIH · BNP Paribas Real Estate · CJUE · Conductor, 2026 AEO/GEO Benchmarks Report · Ahrefs · IMG Travel Outlook Survey.

Données Altelis : part directe mesurée sur 212 établissements indépendants (moteurs de réservation et PMS) ; trafic assistants IA mesuré sur 66 sites (GA4, sessions référentes des domaines d'assistants IA) ; évolution littoral breton sur 19 établissements ; observations issues de 180 campagnes Google Ads et Meta. Période : 2023-2026.

Précision de lecture : les taux d'occupation et prix moyens varient selon les panels — le prix moyen D-EDGE (192,66 € en 2025) reflète un panel plus haut de gamme que la moyenne In Extenso (133 €). Chaque chiffre de cet article est attribué à sa source.

Patrick Guillaume

Fondateur d'Altelis

Patrick Guillaume est le fondateur d'Altelis, agence digitale dédiée à l'hôtellerie qu'il dirige depuis 2014. Avec son équipe, il accompagne plus de 200 hôtels — indépendants pour la plupart — sur leur réservation directe, leur site et, désormais, leur visibilité dans les moteurs IA. Passé par la finance avant une première aventure entrepreneuriale, il publie chaque année cet état des lieux du secteur, nourri des données du portefeuille de l'agence.

LinkedIn
Vous avez un projet ?

Prenons contact
& briefez-nous !

Femme assise dans un canapté qui sourit en regardant son ordinateur
Livie, l'intelligence artificielle pour les hôtels
en savoir plus
Flèche